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Le rôle des revues dans la définition de la littérature afro-caribéenne des années 1930

Dans les années 30, lorsque plusieurs jeunes intellectuels africains et antillais se réunissent à Paris avec pour objectif de repenser leur identité, ils décident par la même occasion de mettre par écrit ces réflexions pour une diffusion à large échelle. Pourtant, leur esthétique et leur méthode sont en complète rupture avec les pratiques littéraires françaises et constituent un frein à leur travail et par conséquent à leur reconnaissance.  Les textes à propos des colonies tiennent un discours ethno- anthropologique biasé par le rapport dominant-dominé, et les rares publications à propos de l’Afrique telle que la Dépêche africaine(1928) ont une tendance plutôt assimilationniste[1]. Bien que le prix Goncourt de 1921 avait consacré pour la première fois depuis sa création un auteur noir (René Maran avec Batouala), la reconnaissance qui est supposée suivre cette consécration tarde à se manifester. C’est d’ailleurs le contraire qui se produit : René Maran est contraint à démissionner de ses fonctions d’administrateur colonial, après avoir été accusé d’avoir violemment critiqué les colons blancs dans son livre. Il est donc difficile pour les intellectuels africains et antillais de cette époque d’imposer une vision de la littérature différente de ce que le centre littéraire parisien promeut. Pour y remédier, ils vont utiliser un support qui, d’un point de vue fonctionnel, est en adéquation avec leur volonté de réappropriation de leur identité : la revue. Support écrit très utilisé dans l’univers de la presse, la revue joue un rôle fondamental dans la naissance, la définition, la diffusion et la promotion de la littérature dite afro-antillaise, désireuse de se détacher du rapport exotique qui tient lieu de norme dans les textes coloniaux. Elle est définie selon le Trésor de la Langue française comme une publication périodique, le plus souvent mensuelle ou trimestrielle, brochée, qui présente généralement un bilan de la période écoulée dans un domaine particulier.  La revue se distingue des autres supports de la presse par son format, la nature de son contenu, l’origine de ses contributeurs et son économie. C’est un instrument tout nouveau pour les pionniers de la littérature et de la critique afro-caribéenne. Nous nous proposons, dans notre travail, de revenir sur les raisons pour lesquelles ce support s’est révélé d’une grande pertinence et d’un grand appui pour les intellectuels afro-antillais, dans le processus de promotion et de diffusion de la pensée spécifiquement nègre à travers les textes littéraires.

[1] Julien Hage, « Les littératures francophones d’Afrique noire à la conquête de l’édition française », (1914-1974) », Gradhiva, 10 | 2009, 80-105.

 

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Conclusion

En définitive, en dessinant une vie d’ensemble des revues consacrées à la cause nègre, il faut reconnaître que leur apport a été primordiale dans la promotion de la pensée noire à l’international. Il faut aussi souligner l’abnégation des fondateurs de ces revues, au regard des difficultés auxquelles ils ont dû faire face lors des lancements de leurs organes.  Ils ont permis de lire l’actualité selon le point de vue des Noirs à un moment où on ne leur reconnaissait même pas une véritable identité d’êtres humains. Leur engagement a largement contribué à une appréhension différente de l’Afrique et également inspiré les nouvelles générations. Il importe toutefois d’être attentif à quelques-unes des difficultés majeures auxquelles ces revues ont dû faire face, à savoir leur capacité à se maintenir dans une orientation éditoriale précise ainsi que les multiples censures dont elles ont été victimes. De nouvelles revues foisonnent aujourd’hui, surtout sur internet, --et il serait intéressant de voir dans quelle mesure elles se sont appropriées de l’héritage de leurs précurseurs.

Bibliographie

 

Corpus :

  • La Revue du Monde Noir, The Reviews of the black world, 1931-1932, Collection complète, N° 1 à 6, Paris, ed. Jean-Michel Place, 1992.
  • Légitime Défense, préface de Réné Ménil, ed. Jean- Michel Place, Paris, 1979
  • Fac-similé de L’Étudiant Noir, numéro 1, mai 1935.
  • Tropiques, Tome I, n° 1 à 5, avril 1941 à avril 1942, Paris, ed.Jean-Michel Place, 1978
  • Présence Africaine 1947, (N° 1).
  • Peuples Noirs Peuples Africains, no 1, 1978, disponible sur http://mongobeti.arts.uwa.edu.au/

 

Ouvrages critiques :

  • CHEVRIER, Jacques. Littérature nègre, Armand Colin, 1984.
  • DEWITTE, Philippe. Les Mouvements Nègres en France, 1919-1939, l’Harmattan, Paris, 1935.
  • HAGE, Julien. « Les littératures francophones d’Afrique noire à la conquête de l’édition française », (1914-1974) », Gradhiva, 10 | 2009, 80-105.
  • HOWLETT, Marc-Vincent et FONKOUA Romuald. “La Maison Présence Africaine » in Dossier Présence Africaine. Les conditions noires : une généalogie des discours – coordonné et présenté par FRIOUX-SALGAS, Sarah, Gradhiva, 2009.
  • KESTELOOT, Lilyan. Les Écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Bruxelles, 1965, p. 340
    • Anthologie négro-africaine, Vanves, Edicif, 1992.
  • MATESO, Locha. La Littérature africaine et sa critique, Paris, Khartala, décembre 1986.
  • Introduction aux littératures francophones Afrique · Caraïbe · Maghreb Sous la direction de Christiane Ndiaye Collection « Paramètres » 284 pages, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, juin 2004.
  • Organisation Internationale de la Francophonie, Le mouvement panafricaniste au Vingtième siècle, sous la coordination de Lazare Ki-Zerbo, Paris, mai 2013.
  • SEMUJANGA, Josias La littérature africaine et ses discours critiques, numéro spécial, Études françaises, 37,n°2,2001.

 

Webographie

http://www.francophonie.org/IMG/pdf/oif-le-mouvement-panafricaniste-au-xxe-s.pdf