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Bribes de textes

Lola, Lolita, Dolores

Ecrire a toujours été un moyen pour moi de ne pas perdre pied… de ne pas m’enfoncer tout doucement dans la fange de ma douleur et de m’y noyer…Depuis toute petite, je mets dans les mots mes sentiments les plus forts afin de me liberer de leur poid, bien que je sais qu’il est vain d’imaginer que mes démons me permettront un jour de trouver le repos. Mais ecrire me permet d’essayer de me libérer. Et j’essaie. De toutes mes forces.

C’est assise sur les marches oú nous nous sommes embrassés pour la dernière fois que je j’écris ces premiers mots, dans une tentative désespérée de ne pas me noyer, alors que ma tête se maintient tant bien que mal au-dessus des quelques flots et que je sais que la prochaine vague, en approche, va probablement me recouvrir.

J’écris ces quelques lignes pour enfin affronter cette vie que je mène comme si c’était celle de quelqu’un d’autre, une vie à laquelle je ne me sens absolument pas connectée. Un paradoxe pour une époque hyper connectée. Mais ça fait une semaine que j’essaie de le joindre et j’y parviens à peine. Alors assise sur les marches, je scrute entre deux frappes sur mon ordinateur tout neuf les voyageurs préssés qui déscendent du tram à la douane et j’espère, je prie pour que le destin le remette enfin sur mon chemin et que je puisse comprendre

Pourquoi ?

J’écris ces quelques mots

Au fond, cette histoire n’est qu’une histoire d’amour comme les autres, avec une fin pas plus triste que celle de quelqu’un-une d’autre. C’est une histoire d’amour qui a pris fin, un moment agréable, un roman, une fiction ; oui une fiction, un mensonge. Une histoire d’amour pas pire que celle des autres. Et pourtant, je suis assise là, la tête remplie de ces questions, le cœur dans un étau d’angoisse malgré mon médicament – un correcteur d’humeur, me dit une amie – et j’attends. J’attends.

Deux enfants d’environ 8 et 9 ans jouent à l’arrêt du bus face à moi. Mes pensées s’égarent dans leurs jeux. Une nouvelle vague de voyageurs descendent du tram. Je repense à notre premier baiser. C’est doux. C’est douloureux. Mais avec mon « correcteur d’humeur », la douleur je ne la sens presaue plus. C’est une vieille amie, du coup, je sais comment elle est. Elle est là, en moi. Je ne la sens presque plus mais des fois, elle se manifeste avec violence, comme ce jour-là, quand j’ai dû mettre fin à notre histoire. Un lundi. Mais, même cette douleur ne ressemblerai à rien de ce que je ressentirai 5 jours après alors qu’au fond de mon lit, je prends doucement conscience de l’ampleur de sa trahison.

J’écris

Un mythomane.

Voilà.

Je crie

En silence.

À m’en ouvrir le centre du ventre.

Pour m’ouvrir.

Me découvrir.

Me libérer

Du poids de mon passé

De la crainte de mon présent

De l’angoisse de l’avenir.

J’écris ces quelques lignes.

18h.

Je suis assise sur un banc oú je lui ai fixé rendez-vous  pour régler définitivement cette histoire. Il n’est pas venu. Cela m’étonne à peine. C’est plus pour moi que je suis venue. Pour en finir avec cette obsession, avec ce besoin que j’avais de lui parler une dernière fois pour enfin comprendre. Même si je sais que je ne comprendrais jamais. Je n’aime pas cette phrase « c’est comme ça ». C’est une phrase défaitiste. Je n’aime pas être défaitiste. Ca me met en colère d’abandonner devant la vie. Je n’abandonne pas, je dois me battre, lutter. Et là, j’ai vraiment lutté pour comprendre. Mais bon, il ne viendra pas.

Devant moi, un couple d’amoureux avec leur petite fille se tient enlacé et s’embrasse amoureusement. Il y a quelques semaines en arrière, ce couple d’amoureux, c’était nous, lui et moi. Je nous revois sur ce même banc. En fait non, je ne nous revois pas vraiment, ma mémoire fait un blocage et refuse de me montrer les images comme pour me protéger. C’est peut- être mieux. Mieux que j’oublie chaque minute passée avec lui.

Il ne me reste rien.

mais je n’ai pas peur

je vais le faire

je dois le faire.

Encore un lundi matin

Encore un lundi matin.

Le réveil qui sonne semble résonner de son cri strident dans une autre dimension. Je l'entends sans l'entendre. Je suis déjà debout, depuis l'aube des temps mais, cachée sous ma couverture, je fais "mine de".

Encore un lundi matin.

Qu'est-ce que Clara va encore imaginer aujourd'hui?

Clara. Elle croit qu'elle est drôle et intelligente. Dans un certain sens, c'est totalement vrai. Clara est la fille la plus belle de la classe. Elle a également les meilleures notes. Ces deux éléments font d'elle la fille la plus populaire de l'école, tant auprès des profs qu'auprès des élèves, filles comme garçon. Elle est tout le temps entouré d'un groupe d'admirateurs. Il y a les pauvres filles peu sûres d'elles, persuadées de trouver auprès de Clara des solutions miracles pour leur problème d’acné et de cellulite. Il y a les garçons, à la barbe naissante, persuadés de trouver auprès d'elle la preuve de leur virilité.   C'est à croire que Dieu le père lui-même s'est arrangé pour que Clara soit le centre du monde. Tout est parfait chez elle: son sourire est parfait, son corps est parfait, ses notes sont parfaites, ses relations avec ses camarades et ses enseignant.es sont parfaites, tout. "Miss Parfaite". Et Clara aka Miss Parfaite, il vaut mieux l'avoir de son côté à l'école. Il vaut mieux rejoindre sa cohorte de fans qui, jour après jour. bénéficie des Grâces de Miss Sainte Clara de la perfection.

Une cohorte dont je ne fais évidemment pas partie. Pourtant, j'étais, à l'école, le centre de son univers.

"LIVIA, ÉTEINS CETTE CHOSE ET SORS DE TON LIT! " me hurle ma mère. Je me glisse péniblement hors de mon lit et me dirige vers la salle de bain. Le courant d'air froid de ce début de mois me fait me souvenir qu'il ne reste plus que quelques semaines de cours. "Encore quelques semaines, juste quelques semaines. Ça va aller." Je m'assieds sur le siège des toilettes pour faire pipi. Mes pensées me rattrapent. Je ne fais pas partie de la cohorte de Miss Parfaite. Comment en étais-je arrivée là? Pourquoi? Je ne m'en souviens plus. C'est comme si un voile s'obstinait à recouvrir cette partie de ma mémoire. Rien ne me prédisposait à être au cœur de l'attention de Clara.

Je me lève, je tire la chasse d'eau et je me jette de l'eau sur le visage. Le miroir de la salle de bain me renvoie mon image. Je me fixe du regard et je ne vois rien. Rien. Il n y a absolument rien du tout. Rien d'autre que ma propre laideur. C'est que, je ne suis pas Clara. Du moins, cette chose difforme, au visage boursouflé, aux dents asymétriques, au nez épaté, aux cheveux en bataille et à la carnation plus sale que le péché est loin de ressembler à  Clara.

Je retourne vers ma chambre.

Je n'ai pas envie d'y aller. Je n'ai pas envie d'y retourner. Mon uniforme jeté en boule sous la chaise de mon bureau